Un collègue part en pension anticipée et découvre, trois mois avant la date prévue, que plusieurs de ses années de carrière ne comptent pas. La raison : elles totalisent trop peu de jours prestés. En Belgique, la préparation de la retraite ne se joue pas à l’âge de départ, mais dans le détail du relevé de carrière, année par année.
Depuis la réforme des pensions entrée en vigueur en 2026, les critères se sont durcis. Les mauvaises surprises se multiplient pour ceux qui ne vérifient pas leur dossier à temps.
Réforme des pensions 2026 : les nouvelles règles qui changent la donne
Avant cette réforme, on pouvait raisonner en blocs : un certain nombre d’années de carrière suffisait pour ouvrir le droit à la pension anticipée. La logique a changé. Désormais, chaque année de carrière doit compter au moins 156 jours de travail ou de périodes assimilées pour être retenue dans le calcul de la pension anticipée. En dessous de ce seuil, l’année n’est tout simplement pas comptabilisée.
Une nouvelle possibilité de départ à 60 ans existe, mais elle exige 42 années de carrière comportant chacune 234 jours. Pour les personnes qui ont connu des interruptions (temps partiel, congé parental prolongé, périodes de maladie), ce seuil est difficile à atteindre.
Le point à retenir : on ne peut plus se fier à une estimation rapide basée sur l’âge. Il faut éplucher son relevé individuel sur MyPension et vérifier, ligne par ligne, quelles années remplissent les conditions. Ceux qui veulent en savoir plus sur Senior Belgique y trouveront des explications complémentaires sur le fonctionnement du système belge.
Malus et bonus pension : ce que votre relevé de carrière ne dit pas encore

À partir de 2027, un mécanisme de malus pourra réduire le montant de la pension anticipée. La pénalité ne dépend pas uniquement de l’âge de départ. Elle s’applique si deux conditions ne sont pas remplies simultanément :
- Avoir au moins 35 années comptant chacune un minimum de 156 jours de travail ou assimilés
- Totaliser 7 020 jours de travail sur l’ensemble de la carrière
- Les périodes assimilées (chômage, incapacité, crédit-temps) ne sont pas toutes traitées de la même manière, ce qui crée des écarts parfois significatifs entre deux profils apparemment similaires
Côté bonus, l’ancien dispositif a cessé de se constituer fin 2025. Un nouveau bonus pension s’applique depuis janvier 2026, mais ses compteurs ne sont pas encore visibles sur MyPension. Le Service fédéral des Pensions a annoncé que les dates de départ réapparaissent progressivement sur la plateforme, mais les montants exacts du bonus restent en attente de mise à jour.
En pratique, on navigue dans un entre-deux inconfortable. Il faut accepter une part d’incertitude sur le montant final tout en prenant des décisions qui, elles, sont irréversibles.
Vérifier son relevé de carrière sur MyPension : les pièges concrets
MyPension est l’outil officiel, mais il ne faut pas le lire comme un document définitif. Plusieurs situations génèrent des erreurs ou des lacunes dans le relevé :
- Les carrières mixtes (salarié puis indépendant, ou l’inverse) sont parfois mal consolidées, surtout quand les périodes se chevauchent sur une même année civile
- Les périodes de travail à l’étranger, notamment en France, peuvent ne pas apparaître tant que la demande de totalisation n’a pas été introduite auprès du Service fédéral des Pensions
- Les jours assimilés pour raisons médicales ou crédit-temps ne sont pas toujours reportés automatiquement, et leur traitement varie selon le type d’assimilation
Demander une estimation personnalisée au moins deux ans avant la date visée permet de corriger les erreurs à temps. Au-delà du relevé en ligne, on peut prendre rendez-vous dans un Pointpension pour un examen détaillé du dossier.

Pension anticipée à 60 ans : pour qui, et à quel prix
La possibilité de partir à 60 ans après 42 ans de carrière avec 234 jours par an concerne un profil précis : quelqu’un qui a commencé à travailler à 18 ans, sans interruption longue, avec des prestations quasiment à temps plein chaque année. Dans les faits, ce profil correspond surtout aux travailleurs entrés tôt dans la vie active sans passage par l’enseignement supérieur.
Pour les autres, l’âge de la pension anticipée reste fixé à 63 ans avec 42 années de carrière. L’âge légal, lui, est de 66 ans depuis 2025, avec un passage prévu à 67 ans en 2030.
Le calcul du montant dépend de plusieurs facteurs combinés : le statut (salarié, fonctionnaire, indépendant ou carrière mixte), les rémunérations revalorisées sur l’ensemble de la carrière, et la situation familiale. Un départ anticipé réduit mécaniquement le nombre d’années prises en compte, ce qui diminue le montant mensuel. Ajouter le risque de malus à partir de 2027 rend l’arbitrage encore plus délicat.
Expatriés et carrières entre France et Belgique : totalisation des trimestres
Les personnes ayant travaillé en France et en Belgique peuvent faire valoir leurs périodes dans les deux pays grâce aux règlements européens de coordination. Les trimestres français sont pris en compte pour ouvrir le droit à la pension belge, et inversement.
La démarche n’est pas automatique. Il faut introduire une demande dans le pays de résidence, qui se charge ensuite de contacter l’organisme de l’autre pays. Les délais de traitement peuvent atteindre plusieurs mois, surtout quand les relevés de carrière des deux côtés présentent des incohérences.
Pour les frontaliers, la réforme de 2026 ajoute une couche de complexité : les jours travaillés en France doivent aussi remplir le seuil de 156 jours par année pour compter dans les conditions d’accès à la pension anticipée belge. Un relevé français exprimé en trimestres ne se convertit pas toujours facilement en jours belges.
Vérifier les deux relevés en parallèle, corriger les écarts et anticiper les délais administratifs reste la seule approche fiable. Un dossier bien préparé évite de repousser involontairement sa date de départ de six mois ou d’un an, simplement parce qu’un formulaire manquait.



